le dimanche à 2h00, de l'émission du vendredi précédent ,et à 13h00 pour des "morceaux choisis".
Des Alpilles à Zanzibar, de Tachkent à Valparaiso, l’équipe du Dromadaire sur l’épaule vous invite à la suivre sur les routes, les ruelles et les sentiers du monde. Un voyage en images et en sons, à la rencontre de ces voisins, proches ou lointains, qui nous racontent comment l’on vit dans d’autres paysages, d’autres histoires.
Chaque jour, Cyril Dépraz et Mélanie Croubalian accueillent un reporter et son carnet de route, et, en deuxième partie, un invité pour évoquer son pays d’origine ou une région qu’il a arpentée par métier ou par amour.
L'or, métal précieux par excellence. [bendicks / fotolia]
Partez sur les chemins du métal précieux par excellence avec Gilles Labarthe.
Nouvelle diffusion des épisodes du 1er au 5 juin 2009.
L’or. Depuis des millénaires, le précieux métal fascine.
Valeur-refuge par excellence en période de crise, l’or est symbole de pouvoir,
de richesse... mais dans les pays du Sud, il reste synonyme d’extrême misère,
responsable de conflits meurtriers ou de pollution massive.
Quels sont les
principaux acteurs du business de l’or? Comment arrive-t-il dans les coffres
des banques suisses? Qui en tire profit? Un an après la publication en
octobre 2007 d’un travail d’investigation explorant les coulisses de ce marché
mondial, particulièrement opaque, le journaliste Gilles Labarthe a voulu
revenir à la source du problème, et suivre la route de l’or. Première destination:
le Sénégal.
La région
de Kédougou, au Sénégal oriental, est connue depuis des siècles pour ses importantes
réserves d’or. Une dizaine de multinationales minières s’activent ici, font de
l’extraction industrielle ou de la prospection aux alentours des fameux
gisements de Sabodala.
Mais c’est encore l’orpaillage artisanal, à coups de
pelle et de pioche, qui emploie le plus de monde: de 15 000 à 30 000
personnes, selon les estimations. Les orpailleurs affluent aussi de pays
voisins, pour un travail épuisant et dangereux: il faut casser des
cailloux, creuser, descendre à 20 ou 40 mètres pour espérer atteindre un filon.
Ibrahima Cissokho nous propose la visite d’une mine artisanale souterraine, ouverte
depuis quelques mois près du village de Khossanto. A Tenkoto, Sadio Dambara
compte les quelques grammes qu’il a trouvés en une année.
Un jour, il
y a très longtemps, la mère de Coliba Cissokho, doyen du village de Khossanto,
a trouvé de l’or en allant nettoyer le linge à la rivière. Une énorme pépite,
puis deux, trois…
«Il y avait de l’or, pour des sacs et des sacs,
tellement d’or qu’on a eu peur. On a pensé: c’est le diable!», se
rappellent les anciens. Il a fallu les bons conseils d’un marabout pour savoir
que faire de tout ce précieux métal doré - l’enterrer définitivement, ou le
distribuer équitablement à tous les habitants du village.
Au Nord comme au Sud,
l’or est affaire de valeurs, de croyances et de superstitions, surprenantes
mais bien ancrées. Pour faire venir l’or à la surface de la terre, combien de
sacrifices?
«Chercher
de l’or, c’est un travail hasardeux. Avec l’agriculture au moins, on est sûrs
de faire une récolte.» L’avis de Guimba Cissokho, responsable des
activités de maraîchage à Khossanto, est largement partagé. Surtout par les
femmes, qui délaissent dès que possible les tâches si pénibles de l’orpaillage
pour retourner au travail de la terre.
A Tambacouda, principale ville de l’est
du Sénégal, Abdoulaye Sarr, spécialiste en agrobiologie, nous raconte sa vision
du développement durable. Comment alléger la situation de dépendance économique
de son pays? Si le Sénégal pouvait mieux mettre en valeur son propre
terroir et sa biodiversité, consommer des produits locaux et des plats
traditionnels au lieu d’importer une grande partie de son alimentation - comme
le riz thaïlandais ou les incontournables cubes Maggi, si chers et pourtant
sans valeur nutritive…
Invité:
Lluís Fontboté, professeur à la section des sciences et environnement, vice-doyen de la faculté des sciences au de L'Université de Genève
A une heure de moto de Khossanto, perdu dans la
savane, Tenkoto n’était encore, jusqu'au début des années 1980, qu’un petit village
paisible. Après la découverte de filons aurifères, la nouvelle s’est répandue
comme une traînée de poudre, jusque dans toute l’Afrique de l’Ouest. Des
milliers d’étrangers sans emploi sont venus ici tenter leur chance,
transformant le paysage en site lunaire, criblé de trous.
Tenkoto est devenu
l’un des plus importants lieux d’orpaillage de tout le Sénégal. Depuis quelques
semaines, un nouveau site vient d’être ouvert.
Avertie par le bouche à oreille,
Alissa est venue de Guinée, avec ses enfants - comme c’est la cas pour la
plupart des femmes travaillant autour des puits d’extraction. Comme elles,
l’idée de faire rapidement fortune ne l’effleure même plus: oeuvrant
jusqu’à l’épuisement, en pleine canicule, elle joue maintenant sa survie.
Invité:
Xavier Arbex, prêtre catholique genevois installé au Pérou depuis 34 ans, dont 24 dans la région aurifère de Mare de Dios. Il y a développé toutes sortes d'activités pour aider les populations sur place, notamment du tourisme vert.
Plus d’une tonne d’or par an… voilà la quantité d’or extrait
des roches sénégalaises par les orpailleurs, avec les outils les plus
rudimentaires. Presque à mains nues, souvent par des femmes, et parfois des
enfants.
La grande majorité de ce magot échappe complètement aux taxes et
caisses de l’Etat : l’or est acheminé en contrebande à Bamako, par des
acheteurs maliens.
A Tenkoto, un «commerçant» nous explique les
diverses étapes de la filière. À Bamako, cet or sénégalais - tout comme l’or
guinéen - est racheté en vrac à un prix supérieur par un important négociant
local, dont le principal client est l’une des cinq plus importantes sociétés de
raffinage suisse.
Ces chargements d’or africain arrivent deux fois par semaine
- voire plus - à la douane de Genève-Aéroport, par paquets de 40 à 160 kilos en
moyenne. De janvier à fin mai 2009, Genève a ainsi réceptionné 5481,8 kilos
d’or «en provenance du Mali». Valeur déclarée : 164 millions
de francs. Droits de douane et TVA appliqués à l’importation en Suisse:
0%. Les explications d’un fonctionnaire.
Sandra Bott, maître assistante en histoire à l'Université de Lausanne a été confrontée à ce même silence des entreprises suisses autour du commerce de l'or durant son travail de thèse: La Suisse et l'Afrique du Sud. Commerce, finances et achats d'or durant l'apartheid (1945 - 1990). Disponible en bilbiothèque.