De quoi j'me mêle

De quoi j'me mêle

Marc Giouse

  • le dimanche de 9h00 à 10h00
  • rediffusion le samedi de 14h00 à 15h00, de l'émission du dimanche précédent

Avec De quoi j’me mêle, La 1ère vous propose un magazine entièrement consacré au reportage de terrain. Chaque dimanche, retrouvez un "gros plan" de quarante minutes sur un thème de société marquant. En fin d'émission, le journal du reportage et la séquence "répondeur" qui donne la parole aux auditeurs sur le sujet de la semaine précédente.


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Cette semaine

samedi 20 mars 2010

Crimes et bannissements

Est-ce que le renvoi automatique des délinquants aura un effet sur la délinquance? [coropics / fotolia]

Est-ce que le renvoi automatique des délinquants aura un effet sur la délinquance? [coropics / fotolia]

Le renvoi des "criminels étrangers", un reportage d'Arnaud Robert.

Zoom sur ceux qui ont violé la loi, et qui attendent leur retour dans un pays où ils n'ont parfois plus aucune attache.

Nouvelle diffusion de l'émission du 14 mars 2010.

Dans les mois à venir, le peuple suisse devra se prononcer sur une nouvelle initiative pour le renvoi des étrangers criminels. Dans la proposition de l'Union Démocratique du Centre (UDC) figure une liste de délits (dont les actes de violence, mais aussi le brigandage et le trafic de drogue) qui entraineraient l'expulsion automatique des étrangers délinquants du territoire suisse.

Dans un contexte où les crimes commis par les étrangers font les gros titres des médias et où près des deux-tiers des places de prison sont occupées par des étrangers, l'initiative mise sur un sentiment répandu d'aversion envers les ressortissants étrangers qui commettent des délits.

Et les petits délinquants?

Si une majorité de gens s'accordent sur le fait que, comme l'affirme le vice-président de l'UDC Yvan Perrin, "un violeur en séries ou un assassin étranger n'a rien à faire sur le territoire", que penser du renvoi des petits délinquants?

C’est pour ces jeunes gens, dont une grande partie de la vie et de la famille sont enracinées en Suisse, que nous essaierons de comprendre ce que cette initiative pourrait changer.

Au Centre de détention de Frambois, dans le Canton de Genève, nous rencontrons des Africains dont le renvoi pose cette question fondamentale: de quelle société sont-ils le produit? Existe-t-il une essence criminelle chez les étrangers qui pousserait le législateur à renvoyer "chez lui" un homme qui n'y a pas grandi? Comment renvoyer un homme dont l'Etat d'origine ne veut pas?

Un problème complexe

Avec l'avocat Christophe Tafelmacher, mais aussi un jeune Turc dont le jugement de renvoi a été cassé par la Cour Européenne des Droits de l'Homme, nous explorons la question de la légalité internationale de cette "double-peine" qui fait débat dans toute l'Europe.

Sans résumer à grands traits un problème complexe et sans parti-pris, Arnaud Robert donne la parole aux témoins, aux acteurs et aux spécialistes d'un débat miné.

Et notamment à Innocent Naki, qui travaille depuis longtemps en Suisse sur la stigmatisation particulière de la criminalité étrangère.
Et il conclut sur la seule interrogation qui vaille: une nouvelle initiative va-t-elle améliorer la situation dans le champ de la délinquance?

Un reportage d'Arnaud Robert, dans une réalisation de Jean-Philippe Zwahlen, présenté par Marc Giouse.

dimanche 21 mars 2010

Italie: racisme au sommet

Un policier tente de protéger des immigrants lors d'une manifestation,  Naples septembre 2008. [keystone]

Un policier tente de protéger des immigrants lors d'une manifestation, Naples septembre 2008. [keystone]

En Italie le racisme et la xénophobie s'affichent aujourd'hui sans tabou.

Injures, propos discriminatoires, discours et actions politiques stigmatisant les étrangers, violences, assassinats...

Un racisme décomplexé, banalisé et même institutionnalisé.

Ainsi quand le premier ministre Silvio Berlusconi déclare qu'il ne reconnaît plus sa ville, Milan, tant "elle s'est africanisée", quand un député européen du parti de la Lega propose "que des places soient réservées aux Italiens dans les transports publics", quand un conseiller municipal d'une petite ville du nord du pays invite à "l'élimination des immigrés non européens selon les méthodes SS", personne, ou presque, ne proteste.

Et des drames se produisent. Comme à Rosarno, en Calabre, où des autochtones se sont livrés, en janvier, à une véritable chasse aux saisonniers étrangers. Des immigrés exploités qui avaient eu l'indécence de se rebeller contre l'agression de deux des leurs.

Au coeur du racisme italien

Pour De quoi j’me mêle Magali Philip s'est rendue dans le nord de l'Italie, coeur électoral du parti xénophobe "Lega Nord".

A quelques jours des élections régionales où la Lega a de bonnes chances de remporter de nombreux succès, elle a suivi l'un de ses leaders en campagne, dans un marché de la banlieue de Milan.

Matteo Salvini, 37 ans, y est accueilli comme un héros, comme le politicien qui a "des couilles", qui "n'a pas peur de dire tout haut ce que les Italiens pensent à propos des étrangers".

Adam est l'un de ces étrangers qui font peur. Jeune Malien de 20 ans, il erre à Milan dans l'attente d'une réponse pour sa demande d'asile. "Sale nègre, repars chez toi", l'insultent les passants qui arborent des moues renfrognées tout en se pinçant le nez. Son quotidien, raconte-t-il, est fait d'insultes et d'humiliations.

Abba, lui, n'a plus de quotidien. Le 14 septembre 2008, il a été tué à coups de barres de fer par les gérants d'un café, persuadés que cet adolescent de 19 ans, italien d'origine burkinabée, leur avait volé un paquet de biscuit. Des témoins rapportent que les deux hommes hurlaient "Nègre de merde, nous allons te tuer et violer ta mère".

Les juges ne reconnaîtront pas le caractère raciste du meurtre. Au micro de Magali Philip, le papa d'Abba, très digne, dit ne plus reconnaître cette Italie qui l'a pourtant bien accueilli il y a plus de 20 ans. Une Italie qui lui fait peur aujourd'hui et qu'il aimerait fuir.

Quelles solutions?

La gauche, tétanisée par ses récents revers électoraux et complètement obnubilée par son combat personnel contre Silvio Berlusconi, s'est déconnectée de la population.

Elle se révèle incapable d'entendre les préoccupations des "gens de la rue" en matière sécuritaire et ne propose rien pour combattre les discours xénophobes.

Et puis, dans leur grande majorité, les Italiens refusent d'examiner leur passé et connaissent mal leur histoire. Celle notamment du colonialisme, de l'antijudaïsme de l'Eglise catholique, du fascisme, de l'émigration. Ils sont donc incapables de construire un rapport empathique à l’autre, l’étranger.

Ce constat est celui de Gianantonio Stella, journaliste réputé et auteur du livre Nègres, tapettes, youpins & co. L'éternelle guerre contre l'autre. Selon lui, il faudrait donc enseigner sérieusement ces périodes noires de l'histoire italienne à l'école, les expliquer encore et encore pour déraciner le racisme de la société.

Mais le gouvernement en place aujourd’hui en Italie a-t-il intérêt à ce que la guerre contre l’autre s’arrête?

 

Un reportage de Magali Philip, dans une réalisation de Jean-Philippe Zwahlen, présenté par Marc Giouse.

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