Silhouette très haute, accent indéfinissable (anglo-russe), allure un peu british, l’homme a du charme. Nonante ans bientôt. Il barytonne son arbre généalogique d’aristocratique façon et trousse l’anecdote en homme qui sait bien que tout cela intéresse les populations républicaines.
"Je ne prétends à rien", dit-il, mais il considère comme très naturel que la famille assemblée autour des restes de la famille impériale qu’on ramenait à Saint-Pétersbourg en 1998 l’ait désigné prétendant officiel. Et comme allant de soi d’être reçu avec tous les honneurs par Boris Elstine. Et que le président Poutine l’appelle Nicolas Romanovitch (auquel il donne du Vladimir Vladimirovitch).
Comme tous les Romanov actuels, il descend du tsar Nicolas 1 dont il est l’arrière-arrière-petit-fils. Son grand-père et son père quittèrent la Crimée en avril 1919 à bord d’un cuirassé anglais pour aboutir à la fin de leur périple à Antibes, sur la Côte d’Azur où Nicolas Romanovitch naquit en 1922.
Du côté maternel, une famille non moins aristocratique, les Cheremetiev, et liée à tous les grands noms de Russie, les Vorontsov, les Gagarin, etc.
C’est évidemment un bonheur que d’entendre le Prince évoquer son enfance typiquement russe et le père Zossima qui fut son premier précepteur. Il avait dépassé l’âge de raison quand il s’avisa que la famille vivait en France et non pas sur la terre de ses pères.
Il songea ensuite devenir aviateur (il allait de soi qu’un Romanov devait porter l’uniforme), sa mauvaise vue l’en empêcha.
Alors il fallut bien, tel un roturier, travailler ! Il s’occupa d’assurances, d’automobiles, en Italie où la famille s’était installée en 1936. Ainsi l’italien est-il l’une des quatre langues que le Prince maîtrise, celle où il écrit l’histoire de sa famille (voir le lien) étant l’anglais.
C’est un plaisir aussi de l’entendre évoquer ses années de plaisir en Egypte, où, lancé dans les affaires (l’import-export de tabac), son nom lui permit de gagner suffisamment d’argent pour mener une vie princière…
Puis, sagement, il fit un très beau mariage (soixante ans de bonheur) avec Sveva della Gherardesca, d’une très vieille famille aristocratique italienne.
Ce qui l’amena à devenir sur les terres toscanes de la famille de son épouse une manière de gentleman farmer, élevant des veaux et cultivant ses vignes, menant en somme une vie pas très différente de celle d’un seigneur sur ses domaines de Russie profonde…
Enfin il y a une vingtaine d’années les fermes furent vendues et c’est ainsi que le Prince vint s’installer à Rougemont, dont la beauté du site l’avait un jour séduit. Il se réjouit d’avoir eu trois filles, toutes trois mariées en Italie, sans se plaindre de n’avoir pas eu de fils qui eût hérité du nom, du fameux nom…
Le Prince est évidemment démocrate. Et il raconte de façon émouvante comment, pendant la Seconde Guerre Mondiale, la famille et lui-même ressentirent une profonde fraternité avec le peuple russe luttant héroïquement contre l’armée allemande.
Et il évoque ce moment où l’idée d’un retour (d’un retour sur le Trône) fut abandonnée. Du moins à court ou moyen terme. Mais dit-il, cum grano salis, on ne peut préjuger d’un avenir lointain…