L'humeur vagabonde

L'humeur vagabonde

Charles Sigel

  • du lundi au vendredi de 10h à 10h30
  • rediffusion le samedi de 10h à 12h

Si Montaigne, Matisse, Rimbaud, Nerval ou Colette étaient musique, quelle musique seraient-ils? Pour les auditeurs de l’Humeur vagabonde, Charles Sigel s’adonne avec délices et avec un incroyable talent de conteur au jeu du portrait chinois. Eclectique et forcément subjective, sérieuse mais avec légèreté, l’émission vous fera découvrir, chemin faisant, bien des choses sur le personnage auquel elle s’intéresse.

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Voltaire, à bride abattue

Voltaire [Wikimédia]

Voltaire [Wikimédia]

«Ne fera-t-on pas taire cet homme-là ?» (Louis XV).

«Les jeunes gens sont très heureux, ils verront de belles choses.» (Voltaire)

Notation d’une de ses visiteuses à Ferney: «Il était gai, causant. Nous avons parlé de la mort en étouffant de rire.» Dans le même genre, billet de Voltaire à Mme Denis, sa nièce-maîtresse: «On a voulu m’enterrer. Mais j’ai esquivé. Bonsoir.»

 

Le génie des mots
Au dix-huitième siècle, en France, tout le monde sait écrire, mais le plus épatant, c’est lui !

Exemples: «La vie n’est que de l’ennui ou de la crème fouettée.» Ou encore: «On ne vit pas assez longtemps. Pourquoi les carpes vivent-elles plus que les hommes ? C’est ridicule.» Ou encore: «Quiconque me dit: pense comme moi ou Dieu te damnera, me dira bientôt: pense comme moi, ou je t’assassinerai.» Ou encore: «J’ai vu qu’il n’y avait rien à gagner à être modéré, et que c’est une duperie. Il faut faire la guerre et mourir noblement sur un tas de bigots immolés à mes pieds.»

 

«Un des plus grands libérateurs de l’esprit», dit Nietzsche de Voltaire, «un grand seigneur de l’intelligence…» dont l’esprit court la poste. On n’en finirait plus de le citer: «J’entends parler beaucoup de liberté, mais je ne crois qu’il y ait en Europe un particulier qui s’en soit fait une comme la mienne. Suivra mon exemple qui voudra ou qui pourra.»

 

Une vie en exil
Donc le plus libre et le plus gai des exilés. Car il a passé sa vie hors de France. Et sa liberté, oui, il l’a conquise.

Embastillé deux fois dans ses jeunes ans, chassé vers Londres (pour son plus grand bien d’ailleurs, il y découvrit Newton, Locke et la philosophie), puis reclus à Cirey sur les confins de la Lorraine (chez Mme du Châtelet, «la divine Emilie», qui fut sa Beauvoir), coincé trois ans à Postdam chez Frédéric II, banni de France par Louis XV, réfugié aux Délices, puis châtelain à Ferney: le plus Parisien des esprits passa décidément sa vie bien loin de la Seine ! Il ne la retrouva que pour un triomphe à la romaine in extremis.

 

Coÿonnades
Par bonheur, bien que toujours mourant, il vécut fort vieux, ce qui lui permit de devenir lui-même, celui des Contes, de l’Affaire Calas, du Traité sur la Tolérance, des Questions sur l’Encyclopédie.

Pour lui-même et ses contemporains, il était surtout auteur de tragédies (Œdipe, Alzire, Mérope, Mahomet, etc.). C’est par là qu’il entendit réussir, puis par l’épopée (La Henriade) ou ses livres d’histoire. Ses contes qu’il appelait ses «coÿonnades» (Zadig, Micromégas, même Candide), il les écrivit en se jouant, vite troussés comme ses milliers de lettres (rien de plus entraînant que ses lettres -dix volumes en Pléiade !)

 

Ecrelinf
C’est la soixantaine venue qu’il entreprend son grand combat, plume à la main et sourire aux lèvres, contre l’injustice et le fanatisme. Le désastre de Lisbonne lui remue le cœur, l’année suivante commence la Guerre de sept ans, il écrit Candide, Leibniz représenté par Pangloss en prend pour son grade (« Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles» …), puis c’est l’affaire Calas: «Il faut soulever l’Europe entière, et que ses cris tonnent aux oreilles des juges» dit-il.

1766: le chevalier de La Barre est décapité pour sacrilège. Le petit vieillard de Ferney, qui s’est fait «roi chez lui», se donne une dernière tâche: «briser l’arbre qui ne porte que des fruits d’amertume et de mort». «Ecrasons l’infâme !» lance celui qui pour nouveau pseudonyme choisit Ecrelinf !

 

Les ruines de la Bastille
Mystérieux homme… À une visiteuse qui le voit s’arrêter devant une gravure représentant la famille Calas, il confie: «Ah ! Madame, pendant onze ans j’ai été préoccupé de cette malheureuse famille et de celle des Sirven et pendant tout ce temps, Madame, je me suis reproché comme un crime le moindre sourire qui m’est échappé !»

Et au marquis de Chauvelin il écrit le 2 avril 1764: «Tout ce que je vois jette les semences d’une révolution qui arrivera immanquablement et dont je n’aurai pas le plaisir d’être le témoin. La lumière s’est tellement répandue de proche en proche qu’on éclatera à la première occasion; et alors ce sera un beau tapage. Les jeunes gens sont très heureux, ils verront de belles choses.»

Le 11 juillet 1791, jour du transfert de sa dépouille au Panthéon, le catafalque fut exposé sur les ruines de la bastille détruite, où, par deux fois, jeune homme, il avait été enfermé.

 

lundi 08 mars 2010

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Voltaire, à bride abattue (1/10)

mardi 09 mars 2010

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Voltaire, à bride abattue (2/10)

mercredi 10 mars 2010

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Voltaire, à bride abattue (3/10)

jeudi 11 mars 2010

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Voltaire, à bride abattue (4/10)

vendredi 12 mars 2010

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Voltaire, à bride abattue (5/10)

samedi 13 mars 2010

Voltaire, à bride abattue (intégrale de la semaine)

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