Lexicographe. s. m. 1578. Auteur d’un lexique, d’un dictionnaire (…) Le travail d’un lexicographe est un travail bien dur et bien ennuyant pour lui, mais bien utile aux autres.(Dict. de Trévoux, 1771).
Linguiste. n. 1632. Spécialiste de l’étude scientifique des langues, du langage.
‘Il est arrivé aux linguistes de rechercher (sans aucun succès) l’origine du langage’. (Jean Paulhan, Les Fleurs de Tarbes).
Il n’y a pas de dictionnaire neutre, lisse, objectif. L’entreprise de faire une liste de mots induit toute une série de choix : les mots qu’on choisit, la définition qu’on en donne, tout cela reflète l’état d’une société à un moment donné et la situation de ou des auteurs. Depuis qu’on s’est avisé d’en faire (le pionnier serait Robert Estienne en 1539 avec son Dictionnaire francoislatin), on s’interroge sur tout : quels mots élire ? avec quelle orthographe ? langue populaire ou langue savante ? à qui s’adresse-t-on ? quels mots éliminer et pourquoi (impossible d’être exhaustif) ?
« Ça ne se dit pas, ça n’est pas dans le dictionnaire ! »
Le public est-il sensible à ces questions ? Peut-être bien que oui, mais sans le savoir. Il paraît que le Petit Larousse est présent dans davantage de foyers français qu’un livre de cuisine. Et la moindre réforme de l’orthographe fait pousser de hauts cris.
Autre rengaine, la langue s’abîme : elle est « polluée » par des mots étrangers (ça dure depuis un millénaire et demi !), on ne crée plus de mots (alors qu’on n’arrête pas !), on la parle mal (alors qu’on la parle différemment, comme on l’a fait depuis sa naissance).
Bref la bataille fait rage entre les « fixistes » et ceux qui se réjouissent (et les lexicographes sont plutôt dans ce camp) de la voir plus mobile, plus souple, plus effervescente que jamais (cf. les banlieues, où la créativité est extrême, comme ce fut le cas toujours dans les faubourgs).
« Le grand roman des mots » (slogan pour le Petit Robert, il y a quelques années)
Pascale Cheminée a récemment donné chez Garnier un livre qui fait pour les profanes une recension de ces questions et qui raconte la belle histoire des dictionnaires. Depuis les bilingues latin-français jusqu’à ceux qui inventent la notion de définition (qui n’allait pas de soi : pourquoi donner le sens d’un mot, puisqu’on l’employait, donc on savait son sens…)
Un amour gourmand et partagé
Œuvres solitaires (des pionniers à Littré) ou collectives (de celui de l’Académie française au Trésor de la langue française), les dictionnaires racontent le « roman des mots ».
Mélange de science et d’intuition, la lexicographie raconte, elle, l’amour et la gourmandise que chaque locuteur, sans le savoir, éprouve pour eux.
Quels que soit son niveau de culture, son milieu social, l’étendue de son vocabulaire. Qu’il ait à sa disposition les 1445 mots qui constitueraient le vocabulaire le plus basique ou les 30000 ou 40000 des francophones les mieux doués.
De tout cela, Pascale Cheminée parle avec, justement, gourmandise et amour. Comme de tout ce qu’elle fait d’ailleurs. Dans une première vie, pendant presque dix ans, elle fabriqua et régla des clavecins. Elle était donc une invitée idéale pour Comme il vous plaira…
À lire
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Aux Origines du français. Par et sous la direction de Pascale Cheminée. Garnier, 2009
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Pascale Cheminée : Le monde des mots. Circonflexe, 2009 (pour les enfants à partir de 8 ans)
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Pascale Cheminée : Connaissez-vous la langue française ? N° hors-série du Monde, mars 2009



