Iran: lapidation de Sakineh toujours suspendue

Mercredi, 08 septembre 2010 à 14:39

L'Iranienne Sakineh va échapper à la lapidation. [Keystone]

Les autorités iraniennes ont confirmé la suspension de la sentence de mort par lapidation rendue contre Sakineh Mohammadi Ashtiani, une femme reconnue coupable d'adultère, a déclaré mercredi le ministère iranien des Affaires étrangères.

"Le verdict concernant ces affaires de relations extra-maritales a été suspendu et il est en cours de réexamen", a déclaré le porte-parole du ministère à la chaîne publique de télévision en langue anglaise Press TV. Dans cette interview téléphonique, il a ajouté que les accusations "étaient en cours d'examen afin que le verdict définitif soit rendu".

A aucun moment de l'interview, en farsi et traduite en anglais, le porte-parole n'a parlé de "lapidation", faisant toujours simplement référence à la "peine capitale". Des médias iraniens ont laissé entendre que l'exécution ne se ferait pas par lapidation mais par pendaison.

Mauvais traitements récusés

Un responsable de la justice iranienne a par ailleurs démenti les informations selon lesquelles Sakineh Mohammadi-Ashtiani avait été récemment fouettée, a rapporté mercredi l'agence Fars.

Vahid Kazemzadeh, un responsable de la commission des droits de l'Homme islamique, qui dépend du chef de l'Autorité judiciaire, a indiqué avoir rencontré mercredi l’Iranienne à la prison de Tabriz (nord-ouest de l'Iran) en présence de "membres du groupe de défense des droits des prisonniers", selon Fars.

Selon lui, elle a nié "tout mauvais traitement et torture" et "s'est déclarée surprise par la publication d'informations" selon lesquelles elle avait reçu "des coups de fouet après la publication dans un journal britannique d'une photo qui n'était pas" la sienne.

Le fils de Saknieh Mohammadi-Ashtiani, Sajjad, avait déclaré par téléphone lors d'une conférence de presse le 6 septembre à Paris avoir "appris" que sa mère avait reçu 99 coups de fouet après la publication le 28 août par le quotidien britannique The Times d'une photo d'une femme sans foulard censée la représenter. Cette photo était fausse et le journal a dû s'excuser.

agences/boi

Les réactions, divergentes, s’accumulent

Mardi, le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a affirmé que la condamnation à mort de Sakineh était "indiciblement barbare".

Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères a accusé pour sa part mercredi les Etats-Unis de jeter de l'huile sur le feu afin de ternir l'image de l'Iran. "Il semble bien qu'ils jouent une carte politique", a-t-il dit.

Pour Téhéran, cette affaire relève uniquement de la justice et non des droits de l'homme. Mardi, Ramin Mehmanparast avait déjà exhorté les puissances occidentales, qui ont multiplié les interventions, à cesser d'interférer dans les affaires iraniennes. "Si la libération de tous ceux qui ont commis un meurtre doit être perçue comme une affaire de droits de l'homme, alors tous les pays européens doivent libérer tous les assassins sur leur territoire", avait lancé le porte-parole.

Selon Amnesty International, l'Iran est le pays qui a le plus recours à la peine de mort au monde après la Chine, avec au moins 346 exécutions en 2008. Le meurtre, l'adultère, le viol, le vol à main armée, le trafic de drogue et l'apostasie constituent des crimes relevant de la peine capitale en Iran, un pays qui applique la charia (loi islamique) depuis la révolution de 1979.