France: mobilisation contre la politique de sécurité

Samedi, 04 septembre 2010 à 20:56

Des défilés étaient organisés dans 130 villes de l'Hexagone (ici, Paris). [Keystone]

Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté samedi dans toute la France pour protester contre le virage sécuritaire du gouvernement du président Nicolas Sarkozy. Sa politique d'expulsions de Roms a même suscité la réprobation internationale.

En France, les défilés ont rassemblé près de 80'000 personnes selon la police, au moins 100'000 selon les organisateurs, dans une douzaine de grandes villes, dont Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux et Grenoble, selon les informations recueillies par les correspondants de l'AFP.

Les manifestations se sont déroulées dans 130 villes, ainsi que devant des ambassades françaises de plusieurs pays de l'Union européenne (UE). L'appel avait été lancé par des dizaines d'organisations, avec le soutien de syndicats et des partis d'opposition, dont le Parti socialiste, le Parti communiste et les Verts.

A Paris (12'000 à 50'000 manifestants), le défilé a été ouvert par des Roms roumains, suivis de personnalités politiques, syndicales, associatives ou artistiques, réunies derrière le slogan de cette mobilisation: "Non à la xénophobie et à la politique du pilori. Liberté, égalité, fraternité".

"La ligne rouge a été franchie"

En Europe, des manifestations ont rassemblé quelques dizaines à une centaine de personnes devant quelques représentations de la France. Sur les banderoles à Bruxelles, on pouvait lire: "Roma, immigrants, who's next ?" (Les Roms, les immigrés, qui d'autre?). A Barcelone: "Basta deportaciones" (Fini les déportations). A Londres: "Assez, c'est assez".

Nicolas Sarkozy en a pris pour son grade, pointé du doigt pour sa politique de sécurité. [Keystone]
Nicolas Sarkozy en a pris pour son grade, pointé du doigt pour sa politique de sécurité. [Keystone]

Depuis fin juillet, environ 1000 Roms roumains et bulgares ont été reconduits à la frontière et une centaine de campements illicites démantelés. "La ligne rouge a été franchie", a déclaré samedi le président de la Ligue des droits de l'Homme (LDH) Jean-Pierre Dubois.

"On n'accepte pas le poison qu'est en train d'instiller le gouvernement dans notre République", a déclaré la patronne des Verts Cécile Duflot. Le secrétaire général du premier syndicat de France (CGT, gauche) Bernard Thibault estimait "très dangereux de retenir l'idée selon laquelle tous les maux de la société viendraient de l'immigration".

La France avait été appelée fin août par l'ONU à "éviter" les "discours politiques discriminatoires". Cette semaine, pour la première fois, le ministre roumain des Affaires étrangères Teodor Baconschi a critiqué le renvoi des Roms estimant que ce n'était "pas une solution".

La France se défend

Face à ce tollé, la France a expliqué mardi, devant une Commission européenne réservée, sa politique d'expulsions de Roms, déclarant que le droit européen était "scrupuleusement" respecté. La France "ne stigmatise personne", a dit le ministre des Affaires européennes Pierre Lellouche.

Environ 15’000 Roms vivent en France, où ils bénéficient des règles de libre circulation de l'UE, mais vivent souvent dans des abris de fortune. Après trois mois passés en France, sans domicile ni sources de revenus, ils sont dans l'illégalité et deviennent expulsables.

Les parlementaires européens doivent débattre de ce sujet le mardi 7 septembre à Strasbourg. Le même jour, le président devra faire face à une autre journée de mobilisation, contre l'impopulaire réforme des retraites.

agences/bkel

Le mauvais calcul de Sarkozy

Au plus bas dans les sondages, embarrassé par le scandale politico-fiscal touchant le ministre du Travail Eric Woerth, chargé de défendre dès mardi la cruciale réforme des retraites, le président français avait tenté de reprendre la main fin juillet en annonçant un durcissement de sa politique sécuritaire - thème qui avait participé à son succès à la présidentielle de 2007.

Mais en décidant le démantèlement de camps illégaux de Roms et en envisageant de déchoir de leur nationalité certains criminels d'origine étrangère, Nicolas Sarkozy a suscité l'indignation de la société civile et de l'opposition, et l'inquiétude de l'ONU, de la Commission européenne, du Vatican.

Selon le baromètre mensuel CSA pour le quotidien Le Parisien/Aujourd'hui en France à paraître dimanche, Nicolas Sarkozy et François Fillon perdent chacun deux points de confiance en un mois en septembre, à 32% pour le président et 38% pour le Premier ministre. Ces chiffres sont les plus bas relevés depuis juin 2007, selon le site internet du journal.

L’UMP minimise

"Bien qu'organisées par une soixantaine d'associations, collectifs, syndicats et partis politiques, les manifestations de ce jour, dites ‘de défense des droits de l'Homme’, n'ont rassemblé au total sur l'ensemble du territoire que quelques dizaines de milliers de personnes", a indiqué samedi le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux dans un communiqué. "C'est, sans aucun doute, une déception pour leurs organisateurs", a-t-il ajouté.

Samedi, le secrétaire national du parti du pouvoir UMP (droite) Eric Ciotti a estimé que les manifestations traduisaient "une complaisance coupable à l'égard de ceux qui bafouent les lois de la République".